jeudi 10 août 2017

" Jamais il ne faut vouloir mettre de point final "

Itinéraire d'enfance
Duong Thu Huong

Le livre de poche, 2009.

Fin des années 1950 au Viêtnam. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s’organise entre sa mère, ses amis et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Pour avoir pris la défense d’une de ses camarades abusée par un professeur, elle se voit brutalement exclue de l’école. Révoltée, elle s’enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père.

Commence alors un étonnant périple: les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses: Bê la meneuse, non contente d’avoir tué le cochon et participé à la chasse au tigre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune.
Roman d’apprentissage, ce livre limpide et captivant dépeint magnifiquement, dans un festival de sons, d’odeurs, de couleurs et de paysages, la réalité du Viêtnam après la guerre d’Indochine


Quelle douceur que ce joli roman! J'y ai trouvé tout ce que j'aime : petits plaisirs simples, beauté des paysages, amitié. Ce roman initiatique est un petit bijou à savourer.
Bê et Loan sont deux amies de 12 ans, très différentes mais très proches. Bê est courageuse, intelligente et déterminée. Loan est gentille, sensible et un brin peureuse. Quand Bê est subitement virée de son école et interdite de scolarité dans tout le département, elle décide de traverser le pays pour retrouver son père. Sa meilleure amie choisit de la suivre, fuyant un beau-père odieux. Comme j'ai aimé suivre les péripéties de Bê et Loan! Sur leur chemin, elles rencontrent certaines personnes peu sympathiques, mais beaucoup de gens généreux, de personnalités inoubliables. Tout au long du roman, on sourit, on tremble, on se met en colère, on pleure d'émotions. 
J'ai aimé l'amour que Bê porte au savoir, à l'étude, à l'école. Lire de tels témoignages fait toujours du bien et c'est important de rappeler à nos écoliers français que l'instruction n'est pas évidente partout, que certains enfants n'ont pas leur chance*.
Ce que j'ai préféré reste la description des instants simples : des beignets de haricots sucrés partagés autour d'un feu, des patates douces cuites dans les cendres, un sourire, une main tendue, ... 
Un joli voyage qui donne une envie folle de découvrir le Vietnam. Une histoire toute simple, émouvante qui m'a totalement engloutie.

 *(A ce sujet, je vous invite fortement à regarder les excellents reportages Chemins d'école que vous pouvez trouver sur Arte. Mon garçon de 6 ans et moi-même les regardons régulièrement. Ils sont courts, justes et passionnants. Je suis ébahie par la volonté de ses enfants qui sont prêts à tout pour apprendre)
" Un dernier rayon de soleil s'accroche encore aux pointes des plus hautes branches de bambous et des mangousiers qui s'agitent à la moindre brise. De vieux crapauds, dissimulés dans les coins des murs, entonnent leurs croassements grinçants. Des sauterelles, arrivant des champs, se cognent contre ma tête, me chatouillent l'oreille. Je redoute qu'une grenouille ou un kaloula me saute dans le bol de soja ou de plat de poisson. Par bonheur rien de tout cela n'arrive. Mes hôtes, habitués à manger dans la nature, ne semblent pas se poser de telles questions. Plus tard, je trouverai que manger dehors est un vrai bonheur. L'air vivifiant du soir donne plus d'appétit, sans compter que le paysage ne fait qu'augmenter le plaisir d'un repas frugal. "
 Itinéraire d'enfance, Duong thu Huong, Le livre de poche, 2009
(Photos : Romanza2017)

mardi 1 août 2017

Du sang dans la neige

A la grâce des hommes
Hannah Kent

Pocket, 2016.

Islande, 13 mars 1828. Agnes Magnúsdóttir est reconnue coupable de l’assassinat de Natan Ketilsson, son amant, et condamnée à mort. En attendant son exécution, la prisonnière est placée comme servante dans une ferme reculée. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Au fil des mois, elle devra apprendre à vivre au sein de cette famille hostile. Malgré les peurs réciproques, la violence, les préjugés, les colères et la mort annoncée.
Et la vérité qu’Agnes voudrait pouvoir faire entendre alors que personne ne semble prêt à l’écouter.


A la grâce des hommes prend son lecteur par la main et l'emmène loin. Dans cette Islande glaciale, rude, mais aux foyers chaleureux. 
A la grâce des hommes nous conte l'histoire d'Agnes, la dernière femme condamnée à mort en Islande. Sans tomber dans le pathos, le roman revient sur les derniers mois de cette femme secrète et tourmentée. Bien que l'écriture ne soit pas transcendante, je lui reconnais beaucoup de justesse. Le texte est agréable à lire, le style est fluide et rigoureux
Je suis totalement plongée dans cette ambiance alternant huis clos étouffant, confidences à la lueur d'une bougie et étendue nue, froide, soufflée par les vents. Le point fort de ce texte est vraiment l'évocation de l'Islande et de ses habitants. J'ai beaucoup appris à la lecture de ce roman qui me donne, encore plus qu'avant, envie de découvrir cette île.  
L'histoire est émouvante. On s'attache à Agnes et c'est en frissonnant que l'on voit venir le dénouement. Si certains aspects sont un peu trop romanesques, A la grâce des hommes est dans l'ensemble un roman intelligent, très fin et bouleversant. Certaines scènes sont très bien écrites et j'ai de nombreuses images en tête.
On plonge dans ce roman et il est assez dur de s'en sortir. 
Un texte à découvrir. 
" Ils disent que je dois mourir. Ils disent que j'ai volé à ces hommes leur dernier souffle et qu'ils doivent voler le mien.Comme si nous étions des bougies - je vois palpiter leurs flammes graisseuses dans l'obscurité et le mugissement du vent. Et je crois entendre des pas déchirer le silence. D'horribles pas qui viennent à moi, qui viennent pour éteindre et emporter ma pauvre vie dans un ruban de fumée grise. Je me disperserai dans l'air nocturne. Ils nous éteindront tous, un à un, jusqu'à ce qu'ils ne s'éclairent plus qu'à la lueur de leurs propres bougies. Où serai-je alors ? "
A la grâce des hommes, Hannah Kent. 

(Photos : Romanza2017)

" Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. "

La peste
Albert Camus

Folio, 2002.

Albert Camus publie La Peste en 1947 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il y relate une épidémie de peste qui aurait sévi en 1940 à Oran. Au fil des pages, on assiste à l'extension progressive de la maladie et on observe la réaction de chacun face à l'épidémie : certains fuient, d'autres restent pour lutter. À travers ce roman, l'écrivain invite à réfléchir sur les valeurs de solidarité et d'engagement.

J'avais totalement été éblouie par L'étranger, ma première lecture de Camus. La peste ne m'a pas autant engloutie. Bien évidemment, je reste toujours aussi fascinée par l'écriture si particulière et envoûtante de Camus. Il nous offre des passages de pure beauté et une connaissance très fine de la nature humaine. Cependant, son ton si détaché et "journalistique" a eu, pour cette fois, raison de moi. Je suis restée observatrice, distante. Je n'ai pas réussi à rentrer dans le texte comme j'ai pu le faire avec L'étranger. Peut-être que mon esprit n'était pas disponible. 
L'histoire est assez angoissante. La peste envahit la ville, les hommes meurent les uns après les autres. L'ambiance est bien rendue et le génie de Camus crée une ambiance particulièrement étouffante. Rieux est un personnage tout aussi froid que Mersault. Du moins, en apparence. 
" Vous n’avez pas de cœur », lui avait-on dit un jour. Mais si, il en avait un. Il lui servait à supporter les vingt heures par jour où il voyait mourir des hommes qui étaient faits pour vivre. Il lui servait à recommencer tous les jours. Désormais, il avait juste assez de cœur pour ça."
J'aime m'identifier aux personnages des romans que je lis et Camus a une fâcheuse tendance à les rendre peu chaleureux et avenants. Si cela ne m'a pas empêchée d'adorer L'étranger, pour La peste il en fut autrement. Camus ne nous dit pas tout. J'aime cette finesse. Cependant, là, j'avoue, je suis restée un peu en-dehors. 

Même si ce ne fut pas une lecture "immersion", la plume de Camus est exceptionnelle et c'est un auteur à découvrir absolument. 
Je le retrouverai sans l'ombre d'un doute.
" Vous n'avez jamais vu fusiller un homme? Non, bien sûr, cela se fait généralement sur invitation et le public est choisi d'avance. Le résultat est que vous en êtes resté aux estampes et aux livres. Un bandeau, un poteau, et au loin quelques soldats. Eh bien, non! Savez-vous que le peloton des fusilleurs se place au contraire à un mètre cinquante du condamné? Savez-vous que si le condamné faisait deux pas en avant, il heurterait les fusils avec sa poitrine? Savez-vous qu'à cette courte distance, les fusilleurs concentrent leur tir sur la région du cœur et qu'à eux tous, avec leurs grosses balles, ils y font un trou où l'on pourrait mettre le poing? Non, vous ne le savez pas parce que ce sont là des détails dont on ne parle pas. Le sommeil des hommes est plus sacré que la vie pour les pestiférés. On ne doit pas empêcher les braves gens de dormir. Il y faudrait du mauvais goût, et le goût consiste à ne pas insister, tout le monde sait ça. Mais moi je n'ai pas bien dormi depuis ce temps là. Le mauvais goût m'est resté dans la bouche et je n'ai pas cessé d'insister, c'est-à-dire d'y penser. "
La peste, Albert Camus. 
(Photos : Romanza2017)

mercredi 5 juillet 2017

PAL de l'été

Je sais! 
C'est quasiment sûr que je ne parviendrai pas à lire tout ça, mais ayant été privée cette année de mes moments de lecture, je compte bien me rattraper cet été. 
De plus, j'ai 1 mois de vacances, chose qui ne m'est pas arrivée depuis ..... pfffiou ... longtemps! 
Je sais aussi qu'à partir de septembre, les hostilités reprennent avec mon année de professeur des écoles stagiaire et mon master 2, donc cet été, je lis!



Un peu d'aventures, un soupçon d'exotisme, beaucoup de chaleur. Des romans contemporains, des classiques bien sûr, un peu d'anglais .... et des pages et des pages à dévorer.

Bel été à tous!

dimanche 2 juillet 2017

" Personne ici ne semblait avoir une idée de ce qu'était le monde "

Une saison à Longbourn
Jo Baker

Livre de poche, 2015.

Sur le domaine de Longbourn, résident Mr et Mrs Bennet et leurs cinq filles, en âge de se marier. À l'étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans l’œuvre de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici les protagonistes du roman. Mrs Hill, l’intendante, orchestre la petite troupe – son époux, la juvénile Polly, Sarah, une jeune idéaliste qui rêve de s’extraire de sa condition et, le dernier arrivé, James – d’une main de fer. Tous vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs patrons bien-aimés. Une fois dans la cuisine, les histoires qui leur sont propres émergent et c’est tout un microcosme qui s’anime pendant qu'Elizabeth et Darcy tombent amoureux au-dessus…

Je ne lis jamais les dérivés des roman de Jane Austen. Je dois avouer que ça ne m'attire pas spécialement. Cependant, Une saison à Longbourn avait retenu mon attention. L'idée d'écrire un roman sur les domestiques de la famille Bennet était assez tentant. Je ne regrette pas une seconde d'avoir lu ce texte car je l'ai trouvé bien écrit et très agréable.
Une saison à Longbourn est un roman à part entière. Même si le fait d'avoir lu et aimé Orgueil et préjugés est un avantage certain, le roman de Jo Baker peut se lire sans connaître le texte d'Austen. Certes on y croise Lizzie, Jane et leur famille, on voit se tisser l'intrigue d'Orgueil et préjugés, mais finalement Jo Baker nous en parle très peu. Ceux qui s'attendraient à une réécriture du roman de Jane Austen risqueraient d'être déçus. En ce qui me concerne, j'ai aimé qu'Orgueil et préjugés ne soit que suggéré, j'ai aimé les clins d’œil et les parallèles entre les deux histoires.
Une saison à Longbourn est l'histoire de domestiques dans une famille du Hertfordshire. On y rencontre Mrs et Mr Hill, Sarah, Polly et James. Je me suis très vite attachée à ces personnages. Leur vie est dure, mais l'affection qui les lie est touchante et émouvante. 
Tout n'est pas parfait dans ce roman, j'ai notamment moins aimé l'histoire du passé de James, par exemple. J'ai aimé la lire, mais j'ai trouvé toute cette histoire un peu trop romanesque. J'ai préféré les pages narrant le quotidien, la confection des repas, les jours de lessive, les balades dans la campagne anglaise. 
J'ai été assez surprise de ne pas retrouver les personnages d'Orgueil et préjugés comme Austen les a décrits. Dans Une saison à Longbourn, Mr Bennet est bien plus égoïste que dans le roman original, Mrs Bennet est vue comme une femme presque sage et disciplinée, Lizzie et Jane passeraient pour des petites filles gâtées, leurs trois sœurs sont beaucoup plus valorisées que ne le fait Austen et Mr Collins deviendrait presque séduisant. Cependant, je pense que cette vision vient du point de vue même des domestiques. Le roman étant vu à travers leurs yeux, il paraît normal que les filles et leur mère Bennet apparaissent plus aisées, éduquées, gracieuses et élégantes et Mr Collins, un parti pas si mal que ça. 
Un roman que j'ai vraiment pris plaisir à lire. Simple, agréable, bien pensé
Je le conseille à ceux qui ont aimé Orgueil et préjugés ... mais aussi aux autres. 
Sarah entendit des bruits dans la cour, de vieux meubles qu’on déplaçait et qui raclaient sur les dalles, le tout accompagné d’un léger sifflotement. La pluie avait cessé et le nouveau s’affairait à vider la soupente de l’écurie. Sarah crut distinguer un air familier. Il voletait autour d’elle comme un papillon, l’empêchant de se concentrer sur son travail.
Sa tâche n’exigea pas une attention particulière pourtant. Sarah lavait la vaisselle dans l’office, les bras immergés jusqu’aux coudes dans l’évier en ardoise. La buée perlait sur la citerne en plomb, le robinet gouttait et l’eau, froide et graisseuse, avait tourné au gris. Polly, après avoir séché une pile d’assiettes, se dirigea vers la cuisine, chargée de son fardeau. Sarah l’entendit tirer un tabouret sur lequel elle grimpa pour la ranger sur les étagères hautes. Pendant tout ce temps, une seule chose occupait son esprit : l’inconnu dans la cour.
Une saison à Longbourn, Jo Baker, Livre de poche, 2015
(Photos : Romanza2017)

samedi 24 juin 2017

Cadeaux de moi à moi!

J'ai la joie de vous annoncer ma réussite au concours de professeur des écoles!

Je tenais à me féliciter pour cette année de dur labeur et de courage. 
Je suis donc allée en virée en librairie et je me suis offert de nouveaux petits trésors. J'ai profité d'être seule pour errer dans les rayons. 
Autant dire que ce fut dur de choisir car énormément de romans me tentaient, mais je me suis arrêtée sur 8 romans. Je suis ravie de mes choix.

Marya une vie de Joyce Carol Oates. Depuis ma lecture de Nous étions les Mulvaney, j'aime cette grande plume de la littérature américaine. Je possède 3 romans non lus d'elle, mais ce sont des pavés et je ne trouve jamais le temps de m'y plonger. J'ai donc choisi un roman plus court pour pouvoir retrouver bientôt cette auteure que j'aime tant. L'histoire d'une jeune fille qui se réfugie dans les études et les livres, tout pour me plaire. 

Lord Jim de Joseph Conrad. Je n'ai jamais lu cet auteur souvent décrit comme ardu. J'ai été intriguée par ce texte.

A la grâce des hommes de Hannah Kent. J'avais repéré ce roman depuis sa sortie. L'histoire vrai d'Agnes Magnúsdóttir, dernière femme condamnée à mort en Islande. Je suis attirée par cette île envoûtante et l'histoire me tente.

Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras. Je n'ai lu que 3 fois Duras, mais j'ai été à chaque fois emportée par son style. Depuis ma lecture de L'amant de la Chine du nord il y a quelques années, je tiens à découvrir davantage cette plume de la littérature française.


Avril enchanté d'Elizabeth Von Armin. Noté depuis un demi siècle. J'avais adoré Vera, j'ai hâte de retrouver cette auteure dans ce roman qui a l'air délicieusement pétillant.

Le maire de Casterbridge de Thomas Hardy. Nommez Thomas Hardy et c'est une foule d'images qui m'envahissent. En seulement 3 lectures (Tess d'Urberville, Une femme d'imagination et surtout Jude l'obscur), je suis en amour pour cet auteur. 
Je voulais Loin de la foule déchaînée, mais il n'y était pas. Je me suis rabattue sur Le maire de Casterbridge, sans déception car il a l'air aussi sublime.

Correspondances De Woolf et Sackville-West. J'adore lire des lettres. Les romans épistolaires me ravissent et j'aime les correspondances. C'est tout naturellement que j'ai craqué pour la correspondance de ces deux auteurs que j'aime. Je pense "grignoter" quelques lettres par ci par là.

La vie d'Arséniev d'Ivan Bounine. Je ne connaissais pas du tout jusqu'à ce qu'Eliza nous offre un sublime avis sur ce roman. 

Voilà mes emplettes!
J'ai failli craquer aussi pour Les enfants Jeromine de Ernst Wiechert, Le voyage d'Anna d'Henri Gougaud, La vie devant soi de Romain Gary, Les braises de Sandor Marai et tant d'autres .... Mais il faut être raisonnable! 8, c'est déjà beaucoup!

jeudi 22 juin 2017

Au son des matines

La cité des cloches
Elizabeth Goudge

Livre de poche, 1969.

Blessé de guerre, Jocelyn s'installe à Torminster chez ses grands-parents. Bientôt envoûté par la ville, il ouvre une librairie dans l'ancienne maison d'un mystérieux écrivain, Ferranti. 

Elizabeth Goudge a une plume douce et sensible et ce fut un plaisir de la retrouver. Je confesse cependant que La cité des cloches ne fait parti de mes romans préférés de Goudge. Je lui préfère largement Le pays du dauphin vert, La colline aux gentianes ou Le jardin de Belmaray. Bien que cette histoire soit envoûtante et les personnages attachants, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman. (Après, je sais que ça vient principalement de mon état d'esprit trop occupé par les épreuves orales de mon concours). J'ai mis plusieurs semaines à le lire et ma lecture était hachée. Je pouvais passer 4 jours sans l'ouvrir, ce qui n'aide pas à l'immersion. 
La cité des cloches est un texte doux et calme. J'ai aimé la petite ville de Torminster et ses habitants. Même si je n'ai pas été happée par l’énigme "Ferranti", j'ai lu avec plaisir les pages de ce roman sensible. Le personnage que j'ai adoré est Henriette, pleine de vie et très émotive, j'ai aimé l'accompagner dans ses aventures. Elle tient le lecteur par la main et l'amène avec elle.
Un roman à découvrir. Une auteur à lire d'urgence.
" Je crois que cela durera, répondit Grand-Père. J'ai remarqué que, lorsque les gens ont commencé à lire, ils continuent. Ils commencent parce qu'ils s'y croient obligés, mais ils continuent parce que cela leur plaît. Oui. Ils s'aperçoivent que cela élargit leur vie. Nous sommes tous affamés de vie, et la brièveté de notre existence ne peut nous apporter tout ce que nous souhaitons; car le temps est trop court et nos facultés trop faibles. Mais, dans les livres, nous goûtons la vie par procuration."(La cité des cloches, E. Goudge, Livre de poche, 1969, p154)
(Photos; Romanza2017)

Le mois anglais

mercredi 31 mai 2017

Le mois anglais est de retour

Le mois anglais de Lou et Cryssilda


Comme chaque année, je suis de la partie. Cependant, je ne serai sûrement pas très active entre mon dernier oral de concours dans deux semaines, deux spectacles de danse, le boulot et mille et une petites choses à faire!
J'ai tout de même, pleine d'espoir, sorti quelques romans ...

Bon mois anglais à tous!


jeudi 25 mai 2017

" Il n'y a pas de bonheur en amour, sauf à la fin d'un roman anglais. "

Le roman du mariage
Jeffrey Eugenides

Points, 2014.

Une fille et deux garçons. Sur le campus de Brown comme ailleurs, il y en a un de trop. Madeleine aime le brillant Leonard et rêve déjà de leur futur radieux d'intellectuels talentueux. Mais Leonard est fragile, imprévisible, Madeleine est constamment sur le qui-vive. Avec Mitchell, le prétendant idéal, la vie serait simple ; pourtant Madeleine est réticente. Faut-il se marier par amour ?

Voilà un roman qui m'a particulièrement happée. Embarquée dès les premières pages, j'ai eu à chaque fois beaucoup de mal à le refermer.
Jeffrey Eugenides s'interroge : Un roman sur le mariage peut-il avoir un intérêt quelconque à notre époque où cette union n'a plus l'importance d'autrefois? En ce qui me concerne la réponse est oui. Le roman du mariage est captivant et addictif. 
Ce qui m'a principalement enthousiasmée à la lecture de ce texte c'est l'atmosphère universitaire et l'ambiance intellectuelle. Les premières pages sont pour moi les meilleures. Suivre les trois protagonistes dans les couloirs de leur fac, les suivre dans leurs cours et les voir réfléchir à leur mémoire de fin d'étude fut une véritable jouissance pour moi. J'ai aimé l'écriture très fine et précise d'Eugenides, son côté intellectuel qui ne laisse rien au hasard, qui précise, fouille, dissèque. 
Madeleine, Mitchell et Leonard ne sont pas sans défaut. Je me suis sentie parfois proche d'eux et à d'autres moments, je ne les comprenais pas. Eugenides rend ses personnages très vivants. Ils possèdent leurs failles, ce sont des personnalités que l'on pourrait rencontrer dans la vraie vie. J'ai adoré les suivre dans leurs luttes intérieures, spirituelles, intellectuelles ou sentimentales. Les pages sur la maladie de Leonard et les aventures de Mitchell en Inde près de Mère Teresa m'ont passionnée. Quant à Madeleine, même si elle m'a parfois énervée, je ne pouvais que m’identifier à cette amoureuse de la littérature :
" Elle avait choisi la voie littéraire pour la plus évidente et la plus bête des raisons : parce qu'elle aimait lire. Le programme des cours de littérature anglo-américaine de l'université équivalait, pour Madeleine, à ce qu'était le catalogue de mode Bergdorf Goodman pour ses colocataires. Un intitulé du genre "Littérature anglaise 274 : Euphues de Lyly" lui faisait autant d'effet qu'une paire de bottes Fiorucci à Abby. Le plaisir coupable avec lequel elle languissait le soir dans son lit à la perspective de "Littérature anglaise 450A : Hawthorne et James" n'était pas très éloigné de ce qu'éprouvait Olivia à l'idée d'aller danser à la Danceteria en jupe de Lycra et veste de cuir. Petite fille, déjà, dans la maison de Prettybrook, Madeleine aimait flâner dans la bibliothèque, avec des rangées de livres montant si haut qu'elle ne pouvait pas toutes les atteindre - acquisitions, récentes, comme Love story ou Myra Breckinridge, qui dégageaient un vague parfum d'interdit, ou vénérables éditions reliées cuir de Fielding, Thackeray et Dickens -, et la présence magistrale de ces mots potentiellement lisibles la figeait sur place. Elle était capable de passait en revue le dos des couvertures pendant une heure. "

J'ai moins aimé, je le reconnais, l'utilisation parfois d'un langage assez cru lorsqu'il s'agit de sexe. Pourtant peu "perturbable" dans la vie, en littérature dès que je tombe sur un passage cru je me demande systématiquement si c'était vraiment nécessaire et si l'auteur n'aurait pas pu écrire autrement. A l'écrit, ça coince. Allez savoir pourquoi!
J'ai vraiment adoré ce moment de lecture extrêmement captivant. Les dernières pages sont sublimes, la scène finale m'a serré le cœur. Une fin parfaite
" Voyons d'abord les livres. Il y avait là ses romans d'Edith Wharton, rangés non pas par ordre alphabétique mais par date de publication ; là, les oeuvres complètes d'Henry James chez Modem Library, un cadeau de son père pour son vingt et unième anniversaire ; là, les poche écornés des oeuvres étudiées en cours, beaucoup de Dickens, un soupçon de Trollope, de copieuses portions d'Austen, de George Eliot et des redoutables soeurs Brontë. Là, les New Directions aux couvertures souples noir et blanc, essentiellement de la poésie, des auteurs comme H. D. ou Denise Levertov. Là, les Colette savourés secrètement. Là, le Couples de sa mère, la première édition, que Madeleine avait parcouru en cachette à l'âge de onze ans et où elle trouvait aujourd'hui de quoi étayer son mémoire sur le roman matrimonial. Bref, une bibliothèque bien fournie quoique encore transportable, qui rassemblait à peu près tout ce que Madeleine avait lu à l'université, un ensemble de textes à première vue choisis au hasard mais dont le fil conducteur se dessinait peu à peu, comme ces tests de personnalité dans les magazines féminins, ceux auxquels, lasse de chercher à deviner le sens caché des questions, on finissait par se résoudre à répondre honnêtement avant d'attendre le résultat. Et alors que, prête à s'accommoder de «Sensible», redoutant «Narcissique» et «Pantouflarde», on espérait se voir qualifiée d'«Artiste» ou de «Passionnée», on écopait de cette étiquette en demi-teinte, différemment connotée suivant le jour, l'heure ou son petit ami du moment : «Incurable romantique».Tels étaient les livres présents dans la chambre où Madeleine était couchée, la tête enfouie sous un oreiller, le matin de la remise des diplômes. Elle avait lu chacun d'entre eux, souvent à plusieurs reprises et en soulignant certains passages, mais, dans l'immédiat, ils ne lui étaient d'aucun secours. Madeleine s'efforçait d'oublier la chambre et son contenu. Elle cherchait à retrouver la sécurité du néant où elle était restée retranchée ces trois dernières heures. Tout autre niveau supérieur de conscience l'obligerait à affronter certaines réalités désagréables, comme la quantité et les formes variées d'alcool qu'elle avait absorbées la veille, ou le fait qu'elle avait dormi avec ses lentilles. De là, elle en viendrait inévitablement à se pencher sur les raisons qui l'avaient poussée à boire autant au départ, et ça, elle n'en avait vraiment pas envie. Aussi, repositionnant son oreiller pour se cacher de la lumière du petit matin, Madeleine tenta-t-elle de se rendormir."
(Le roman du mariage, incipit, Jeffrey Eugenides Points, 2014) 
(Photos : Romanza2017)

vendredi 28 avril 2017

" Elle souffrait trop de cette lutte entre sa maternité et son amour "

Une page d'amour
Emile Zola

Livre de poche, 1970.

La passion soudaine qui jette aux bras l'un de l'autre la belle et sage Hélène et le docteur Deberle fait l'objet d'une analyse psychologique nuancée et minutieuse. 
Entracte dans une vie monotone et réglée, cette Page d'amour sera bientôt tournée et l'héroïne retrouvera à la fois son équilibre et sa solitude.


Onzième Rougon-Macquart et toujours un plaisir immense de lecture.
Une page d'amour est sublime. Ce roman m'a embarquée dès les premières pages. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un début de roman si prenant, si saisissant. A peine ouvert, j'étais déjà près d'Hélène, Pierre et Jeanne. Je ferme les yeux et revois Hélène, échevelée, courant désespérément à la recherche d'un médecin. 
Hélène a une existence paisible et sereine. Veuve depuis quelques mois, elle vit seule avec sa fille, Jeanne. Son existence ne tourne qu'autour de son enfant à la santé fragile. Sa passion (réciproque) pour le docteur Deberle viendra tout bouleverser. 
Zola analyse avec finesse chaque sentiment, chaque émotion. Ce roman, à première vue, semble moins cruel que d'autres Rougon-Macquart. Il n'y a pas de vils personnages ou de bas sentiments. Les personnages sont bons, certains un peu superficiels (comme Juliette), mais non mauvais. Leur faiblesse est d'être humains et de céder à leurs désirs. Zola restant Zola, l'histoire se terminera, malgré tout, cruellement. Les dernières pages ont réussi à me serrer douloureusement la gorge et à faire poindre une petite larme au coin de l’œil.
J'ai aimé la retenue de Zola, sa sensibilité dans la description des émotions. En quelques mots, il arrive à résumer la complexité des situations. Comme lorsque Hélène succombe à Pierre, il écrit une phrase terrible pour conclure le chapitre qui, à elle seule, décrit le cœur d'Hélène tout entier. 
Je n'ai pas vu passer ces 450 pages. L'écriture est magnifique et l'histoire passionnante. C'est cruel, c'est beau, c'est juste ... C'est Zola, quoi! 
" Dire qu'elle s'était crue heureuse d'aller ainsi trente années devant elle, le cœur muet, n'ayant pour combler le vide de son être que son orgueil de femme honnête ! Ah! quelle duperie, cette rigidité, ce scrupule du juste qui l'enfermaient dans les jouissances stériles des dévotes! Non, non, c'était assez, elle voulait vivre! Et une raillerie terrible lui venait contre sa raison. Sa raison! en vérité, elle lui faisait pitié, cette raison qui, dans une vie déjà longue, ne lui avait pas apporté une somme de joie comparable à la joie qu'elle goûtait depuis une heure. Elle avait nié la chute, elle avait eu l’imbécile vanterie de croire qu'elle marcherait ainsi jusqu'au bout , sans que son pied heurtât seulement une pierre. Et bien, aujourd'hui, elle réclamait la chute, elle l'aurait souhaitée immédiate et profonde. Toute sa révolte aboutissait à ce désir impérieux. Oh! disparaître dans une étreinte , vivre en une minute tout ce qu'elle n'avait pas vécu! "(Une page d'amour, Livre de poche, 1970, p162)


(Photos : Romanza2017)