mardi 21 mars 2017

Mal aimée, je suis la mal aimée

La troisième Miss Symons
Flora M Mayor

Editions Joëlle Losfeld, 2009.

" Pourquoi est-ce que les gens ne m'aiment pas? " se demande Henrietta. Vilain petit canard d'une famille victorienne de sept enfants, dont elle est la troisième fille, Henrietta ne possède ni la beauté ni l'art de se faire aimer par les autres. Différente de ses frères et sœurs, elle ne s'entend pas avec eux. Elle trouve alors refuge dans un monde imaginaire, ce qui exacerbe son mauvais caractère et l'exclut un peu plus en éloignant d'elle les personnes qu'elle affectionne. Plus tard, alors que ses frères et sœurs sont mariés et ont des enfants, Henrietta va arpenter le monde en quête de quelque chose pour combler son manque affectif. Quel sera alors le destin de cette jeune fille dans une société où les femmes n'ont d'autre porte de sortie que le mariage et la maternité ? 
Avec ironie et un sens étonnamment moderne du récit, Flora M. Mayor scrute ce qui fait la réussite ou l'échec d'une vie, entre le poids des circonstances extérieures et la part de la responsabilité individuelle.

Enfin, j'ai pu profiter d'instants "lecture"! Quel bonheur de pouvoir de nouveau me lover entre les pages d'un roman. La troisième miss Symons n'est pas le roman du siècle, mais j'ai pu, tout en douceur, retrouver le plaisir de lire.  
Flora M. Mayor nous livre une histoire assez cruelle. Celle de Henrietta, troisième fille de la famille Symons. Cette dernière n'a pas grand chose pour elle, elle n'est ni belle, ni aimable, ni intéressante. Ses parents ne s'intéressent pas à elle et Henrietta finit par devenir une jeune femme aigrie et désagréable. Autant dire que ce personnage principal est particulièrement antipathique. Même si on ne peut s'empêcher de la plaindre et de la prendre en pitié, le caractère de Henrietta est si détestable que je n'ai pu, pour ma part, l'apprécier. 
J'ai apprécié cette intrigue originale et le ton ironique de l'auteure. J'ai lu avec plaisir ce court roman. Cependant, je l'ai trouvé assez simpliste. La troisième miss Symons est superficiel au final. Flora M. Mayor ne fait que nous relater des faits sans vraiment donner vie à son histoire. Ce qui est bien dommage car l'intrigue est plutôt bien pensée. J'aurai aimé, sur un tel thème, de nombreuses pages, une analyse plus poussée et des personnages plus vivants. Ceci dit, ce court roman reste un bon divertissement. 
A découvrir si on a besoin de lire quelque chose de facile et de rapide. 
" Si elle n'était pas très exigeante vis-à-vis de son bonheur ou d'elle-même, le reste du monde non plus, estimait-elle.Non qu'elle songeât beaucoup à ces choses-là. Trop de ruminations et de désirs l'avaient rendue malheureuse autrefois, et elle répugnait à rouvrir toutes ses blessures.Elle affrontait les faits aussi peu que possible. Elle vivait au jour le jour, et ce qu'elle était véritablement n'était pas franchement différent de ce qu'elle semblait être, absorbée dans le minuscule tourbillon des événements qui la concernaient;Les jours, les mois, les années passaient. Elle les voyait partir sans regrets, n'en conservant aucun souvenir. Rien n'était arrivé, de bon ou de mauvais, pour laisser une trace."(La troisième miss Symons, Flora M Mayor, Joëlle Losfeld,2009)
(Romanza2017)

dimanche 12 mars 2017

Vous avez dit "illuminée"?




Depuis toujours les livres font partis de ma vie. Avant même de savoir lire. Dès que j'ai enfin pu déchiffrer ces mots qui m'attiraient tant, je n'ai pas passé un jour de ma vie sans lire. Rituel du soir avant de dormir, moment de tranquillité dans la journée, lectures de vacances, lectures d'école, ... J'ai autant de souvenirs littéraires que de souvenirs réels. 
Je ne savais pas ce que c'était de ne pas avoir de "roman en cours". J'avais toujours un roman entamé. 
Jusqu'à maintenant. 


Voilà plus d'un mois que je n'ai pas lu une seule page de roman. Je savais que ça serait difficile, je connaissais ma passion pour les livres. Mais honnêtement, je n'aurai pas pensé que ça devienne si douloureux. 
Pour les non-lecteurs, je passe sûrement pour une illuminée, la membre d'une secte secrète. C'est difficile d'en parler autour de soi. Les gens qui comprennent ne sont pas nombreux. Alors, je me tais. 
J'ai toujours eu un roman près de moi, une histoire à savourer, des personnages auxquels penser, la promesse d'un moment douillet le soir après la journée de travail. Ça fait parti de moi, c'est ce que je suis. Même dans des périodes intenses de travail, même après avoir mis mes enfants au monde, j'ai toujours lu, je n'ai jamais cessé. J'ai ralenti, j'ai adapté mes moments et mes façons de lire, mais je n'ai jamais cessé.  J'entends tellement de gens autour de moi me dire : " J'aimerai tant lire, mais je n'ai pas le temps. Je ne lis plus depuis la naissance de mes enfants, etc ... ". Pour moi, tout est une question de priorité. J'ai toujours trouvé le temps de lire, parce que c'est une de mes priorités. En ce moment, ma priorité est la réussite au concours, alors la lecture est mise de côté. C'est tout.

J'ai été donc obligée de laisser mes romans depuis 1 mois. Au début, je me suis faite à l'idée. Après tout, je lisais quand même. Des ouvrages d'art ou de didactique, certes, mais je lisais. Puis, doucement, j'ai senti un manque. Ce n'est pas que de mots et de lecture dont j'ai besoin, c'est aussi de romanesque, d'histoires contées au creux de l'oreille, de personnages vivants et d'émotions. 
Je me suis rendue compte, même si je l'avais toujours su, à quel point la lecture était une passion. Celle qui est douloureuse quand elle n'est pas là, celle qui réconforte, à laquelle on pense, on rêve. 
Depuis, plusieurs jours, ma main se tend vers mes chers romans et je leur dis à quel point j'ai hâte de les retrouver. 
Je rêve de plaid, de thés, de pages dévorées, de balades en librairie. 


Alors, oui, je suis une illuminée. Mais je suis tellement fière de l'être. J'ai toujours plaint les gens qui ne lisent pas. Je ne les juge pas, mais je les plains. Ils ne connaissent pas cette richesse, ces émotions, ce réconfort, ce partage qu'apporte la lecture. 

De mon côté, ça y est, dans quelques jours je vais pouvoir mettre de côté mes ouvrages théoriques pour m'accorder des moments "romans". Enfin! 

(photos : Romanza2017)

vendredi 3 février 2017

Des puissants


Les Buddenbrook
Thomas Mann

Le livre de poche, 2015.

Trente ans après sa parution, Les Buddenbrook figure au nombre des livres brûlés dans les autodafés. Les chemises brunes hurlent sous les fenêtres de Thomas Mann qu'une " famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir ". [...] Les Buddenbrook est le roman du déclin, le livre de l'essoufflement. Thomas Mann traque dans cette dynastie marchande les prodromes du désastre. L'observation de soi-même est le premier pas vers le déclin. Car s'observer, c'est s'empêcher d'agir, s'empêcher de vivre.

Ma vie, si particulière en ce moment, a fait que j'ai mis plusieurs mois à lire ce roman. Il sera sûrement, de plus, le dernier que je lirai dans les prochains mois. Je pourrai de nouveau grappiller des pages rien que pour le plaisir en mai ... peut-être! C'est la première fois, de toute ma vie de lectrice, que je vis ça. C'est dur, mais c'est ainsi ...

Les Buddenbrook est un roman passionnant que j'aurai aimé lire d'une traite. Thomas Mann possède une écriture d'une très grande finesse. Il peint ses personnages avec une telle précision que les scènes de son roman prennent vie devant nous. 
Je ne me suis pas attachée aux personnages. Je les ai trouvés assez antipathiques et égoïstes, pourtant cela ne m'a pas empêché de me plonger dans l'histoire. Mann ne cherche pas à ce que le lecteur aime ses personnages. Il raconte le déclin d'une famille sans chercher à émouvoir. Il raconte des faits. Le recul de Mann et son écriture parfois détachée peuvent surprendre. En ce qui me concerne, j'ai aimé le côté brut de sa plume, dénuée de tout pathos. Mann est précis et juste, ce qui rend son roman grandiose. Parfois, au détour d'une page, on trouve une scène sublime, poétique, merveilleuse ... et on oublie la froideur des pages précédentes. Une scène sublime glissée entre deux scènes distantes n'en est que plus émouvante et inoubliable. 
Les Buddenbrook est un roman qui se relit pour en dévoiler toutes les finesses. Il y a tant à dire que je me perds. Chaque personnage nécessiterait des pages d'analyse. Thomas Mann nous offre un magnifique travail psychologique, social, humain. De la grande littérature.
Un roman à lire absolument.
" [...] te rappelles-tu, tu m'as dit :"Il me semble qu'une ère toute nouvelle va s'ouvrir!" C'est comme si je t'entendais encore, et les événements ont paru te donner raison, car aux élections au Sénat la fortune m'a souri, et, ici, la maison s'élevait à vue d’œil. Mais la dignité de sénateur et la maison ne sont qu'apparences, et je sais,moi, une chose à laquelle tu n'as pas encore songé; je la tiens de la vie et de l'histoire. Je sais que, souvent, au moment même où éclatent les signes extérieurs, visibles et tangibles, les symptômes de bonheur et de l'essor, tout déjà s'achemine en réalité vers le déclin. L'apparition de ces signes extérieurs demande du temps, comme la clarté d'une de ces étoiles dont ne nous savons pas si elle n'est pas déjà sur le point de s'éteindre, si elle n'est pas déjà éteinte, alors qu'elle rayonne avec le plus de splendeur...." 
(Romanza2017)


dimanche 8 janvier 2017

Bilan lecture 2016


Une année 2016 qui a commencé normalement, mais qui a pris un virage important dès septembre. J'ai lu plusieurs romans la première moitié de l'année, puis nettement moins. 
J'ai lu cette année presque 20 romans de moins que les années précédentes. Etant en pleine reconversion professionnelle et en préparation d'un concours, j'ai très peu de temps pour lire mes chers romans. Quelques minutes quotidiennes ... et encore. Je lis beaucoup d'ouvrages de didactique, d'essais, de textes en tout genre, mais très peu de romans. Je vous mentirai en vous disant que ça ne me manque pas. Je rêve de longs moments lecture, dénués de pensées stressées. Mais il s'agit d'une année particulière, entre parenthèse, je l'accepte ainsi. C'est une année riche et passionnante. Je dois avouer que renouer avec les études, sentir mon cerveau bouillonner, apprendre et apprendre encore, est extrêmement jouissif. 
Cette année risque d'être encore très chargée. Jusqu'en mai au moins ... et peut-être davantage si mon avenir se présente bien. Je prendrai toujours le temps de lire un peu et viendrai chroniquer mes lectures ... même si elles risquent d'être peu nombreuses. 



Les lectures qui m'ont le plus marquées en 2016 :

- Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir : Une ambiance intellectuelle incroyable, une écriture maîtrisée. Un coup de cœur!
- La lettre écarlate de Hawthrone : Un roman tout en retenue, d'une délicatesse rare. Un bijou. 
- L'ombre du vent de Zafon : Pas sans défauts, mais passionnant et addictif. 
- Elio de Lieutaghi : Un hymne aux petits riens.
- Manderley For ever de Rosnay : La biographie très bien écrite sur une auteure que j'aime tant.
- Mademoiselle Else de Schnitzler : Perturbant, intelligent, une écriture saisissante. 

J'ai également poursuivi ma découverte des Rougon-Macquart avec Le ventre de Paris, Zola reste une valeur sûre. Thomas Hardy est un de mes auteurs favoris et Une femme d'imagination l'a confirmé. J'ai renoué avec Sandor Marai et compte bien le relire très vite. J'ai énormément ri avec Amelia Peabody, une lecture cocon délicieuse, je poursuivrai avec bonheur cette série. 


Je vous souhaite une belle année 2017 pleine de joies et de lectures.

dimanche 4 décembre 2016

" Je veux bien être une dévergondée mais pas une putain."

Mademoiselle Else
Arthur Schnitzler

Stock, 2009.

Else doit trouver cinquante mille florins pour sauver sa famille de la ruine. Un vieux monsieur se propose de les lui fournir en échange de quoi il veut " voir " la jeune fille. Else commence par se révolter mais, traversée de désirs obscurs, troublée par des images qu'elle enfermait en elle, elle finit par s'y résoudre. Cela se fera publiquement, le soir, dans la salle de musique de l'hôtel.

C'est un vrai coup de cœur que j'ai ressenti pour ce court roman extrêmement fort et juste. 
D'une écriture très fine, Arthur  Schnitzler nous offre une oeuvre magistrale. Nous suivons la pauvre Else dans ses débats intérieurs, ses doutes et ses révoltes. L'esprit de l'héroïne est si bien retranscrit que ce roman en devient étouffant. Dans les dernières lignes, mon cœur battait fort, j'avais envie de crier.
Mademoiselle Else est un roman qui met en lumière le pouvoir des hommes sur les femmes. Else est la proie d'un vieil homme, mais également un outil de survie pour ses parents. Totalement esclave du bon vouloir de sa famille, elle sera pousser à commettre un acte indécent et provocateur. Arthur Schnitzler nous questionne : qu'aurait-on fait nous à la place d'Else? Comment se sortir d'un tel dilemme? En tout honnêteté, je n'ai pas la réponse. Le sort d'Else est tragique et bouleversant. Cette fin brutale nous hante plusieurs jours après avoir fermé le roman. Arthur Schnitzler a réussi à rendre son personnage principal si vivant que lorsque sa voix s'éteint, nous ressentons un grand vide. Pourtant, Else est très particulière. Ce n'est pas si simple de l'aimer. Mais c'est ce qui rend aussi ce roman fabuleux, Else est humaine. Elle a des failles et des défauts. 
Un roman sublime, parfaitement maîtrisé, à l'écriture puissante.

" - Vous me regardez, Else, comme si j'étais devenu subitement fou. Je le suis un peu, car il émane de vous un charme dont vous semblez inconsciente. Ne sentez-vous pas que ma prière n'a rien d'offensant pour vous ? Oui, c'est une prière même si elle ressemble à s'y méprendre à un chantage. Je ne suis pas un maître chanteur, un homme seulement, un être humain, qui connaît la vie, et qui sait par expérience que tout en ce monde a son prix et que celui qui donne son argent, quand il pourrait le troquer, n'est qu'un pauvre fou. Et ce que je veux acheter, cette fois, Else, quel qu'en soit le prix, vous ne serez pas appauvrie pour me l'avoir vendu. Et cela restera un secret entre vous et moi, je vous le jure, Else, de par tous les charmes que vous dévoilerez devant moi, pour me combler.(Mademoiselle Else, A.Schnitzler, Stock, 2009)

(Photos : Romanza2016)

" Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu'au corps "

Syngué sabour - Pierre de patience
Atiq Rahimi

Folio, 2013.

" Cette pierre que tu poses devant toi... devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs, toutes tes misères... à qui tu confies tout ce que tu as sur le coeur et que tu n'oses pas révéler aux autres... Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Elle tombe en miettes. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines... Comment appelle-t-on cette pierre ? " En Afghanistan peut-être ou ailleurs, une femme veille son mari blessé. Au fond, ils ne se connaissent pas. Les heures et les jours passent tandis que la guerre approche. Et la langue de la femme se délie, tisse le récit d'une vie d'humiliations, dans l'espoir d'une possible rédemption.

Syngué sabour est un roman qui ne peut laisser indifférent. L'histoire de cette femme sans prénom, symbole de toutes les femmes opprimées, interroge, bouscule, révolte. Je dois avouer que je ne m'attendais pas à une écriture si crue et directe. Syngué sabour m'évoquait quelque chose tout en retenue, très poétique. En réalité, c'est un texte sans concession, très dur ou rien ne nous est caché. Nous rentrons dans le cœur de cette femme n'ayant jamais connu la tendresse ou le respect. Tandis que son mari est plongé dans le coma, elle ose lui confier ses pensées, ses peines, sa colère. En tant que femme, on ne peut qu'être révoltées de la vie du personnage féminin. Aucun droit d'opinion, aucune liberté d'expression, ... Toujours taire ce que l'on ressent, avoir constamment tort, être par principe une "chose" faible, impure et immorale, ... Mon cœur s'est beaucoup serré à la lecture de ce texte. 
Syngué sabour est un témoignage puissant et violent de la condition féminine. L'écriture manque de douceur et de poésie pour ma part, mais je comprends qu'avec un tel sujet, une telle réalité, la douceur aurait été presque déplacée. Oui, c'est cru, dur et révoltant, mais il s'agit d'un fait qu'il est essentiel de dévoiler et de connaître.

" Je n'ai jamais compris pourquoi chez vous, les hommes, la fierté était tant liée au sang. Sa main se lève encore dans les airs. Ses doigts bougent. On dirait qu'elle fait signe à quelqu'un d'invisible de s'approcher. Mais tu te rappelles qu'un soir; c'était au début de notre vie commune, tu étais rentré tard. Ivre mort. Tu avais fumé. Je m'était endormie. Sans me dire un mot, tu as baissé ton pantalon. Je me suis réveillée. Mais j'ai fait semblant de dormir profondément. Tu m'as...pénétrée... Tu as eu tout le plaisir du monde... mais lorsque tu t'es levé pour te laver, tu as aperçu du sang sur ta queue! Furieux tu es revenu et tu m'as battue au beau milieu de la nuit, juste parce que je t'avais pas averti que j'avais mes règles. Je t'avais sali! ricana-t-elle. J'avais fait de toi un impur! "

(Syngué sabour, Atiq Rahimi, Folio, 2013)
(Photos : Romanza2016)

vendredi 4 novembre 2016

" La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays Imaginaire de Peter Pan. "

Manderley for ever
Tatiana de Rosnay

Albin michel, Héloïse d'Ormesson, 2015.


« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock. Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments. Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes. Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme.
(Avant tout, pardon! Je suis peu présente sur la toile. J'ai 3 avis de lecture en attente et ces derniers ne seront pas très glorieux. Je suis dans une période de ma vie un peu particulière et surtout très chargée. Je lis toujours, mais moins et mes avis seront rédigés avec moins de soin que d'habitude). 

Tout en me régalant depuis plusieurs années de ses romans, Daphné du Maurier restait pour moi un mystère. Malgré ma lecture de Maderley For ever, je crois qu'elle le restera toujours. Daphné du Maurier est une personnalité complexe. Femme étrange, masculine, parfois égoïste et pourtant si généreuse, adulée du public, boudée par la critique, un style d'écriture qui change radicalement d'un roman à l'autre, ... Daphné du Maurier est déroutante. 
Pour moi, elle est l'auteure fabuleuse de Rebecca, Les oiseaux, L'amour dans l'âme et tant d'autres textes qui m'ont tenus en haleine, le souffle court, la gorge serrée. Pour écrire ainsi, il fallait avoir un cœur énorme et une imagination débordante. 
J'aime les romans de cette grande dame anglaise injustement boudée par la critique. Ses romans sont intelligents, vifs, poignants, complexes. Tatiana de Rosnay nous éclaire un peu sur cette femme énigmatique et fascinante. Dans un style fluide et très agréable, elle nous embarque dans le quotidien de l'auteure. Enfance, passions, fièvre de l'écriture, angoisse de la page blanche, les difficultés de concilier la vie professionnelle et familiale, ... elle dresse un portrait sans concession d'une femme souriante pleine de vie, mais à l'humeur souvent noire. 
Cette biographie est un régal à lire. Chaque moment lecture était un plaisir. Intime, plein d'amour, ce texte est un bel hommage à Daphné du Maurier. Mon cœur était douloureux lorsque j'ai tourné la dernière page. Je suis heureuse d'en connaître plus sur sa vie (notamment sur son amour des maisons qui lui a inspiré la plupart de ses grands romans). 
J'aime dans les biographies d'écrivains les "voir" écrire les romans que j'ai tant aimés. J'ai envie de leur dire merci. Merci pour toutes ses émotions ... grâce à eux je ne me suis jamais sentie seule, j'ai pu vivre mille vies en une ...
Je suis bien évidemment décidée à lire tous les romans de Daphné du Maurier ... même ceux un peu à part dans son oeuvre. Je n'ai pas toujours trouvé Daphné sympathique dans ce texte, mais elle m'a touchée et sa personnalité me fascine. 
A lire absolument ... que l'on connaisse ou non les romans de Du Maurier. 
" Ces visages anonymes, ces yeux qui la détaillent, que peuvent-ils comprendre du processus d'écriture, eux qui n'ont jamais écrit de roman de leur vie ? Que savent-ils des doutes qui envahissent les écrivains ? Croient-ils, ces inconnus qui l'écoutent à présent dans le silence de cette pièce austère de la Cour fédérale de Foley Square, qu'un livre s'écrit d'un trait, qu'un roman se bâtit à partir d'une seule idée, que l'auteur n'a qu'à suivre cette idée comme un mouton placide, tirer un fil et le retranscrire ? Ils ne pourront jamais entrevoir à quel point la pensée d'un romancier est nébuleuse, complexe, tissée de contradictions et de non-dits, ni se douter comme c'est dégradant d'être debout, là, face à eux, à devoir décortiquer l'inspiration comme si c'était une vulgaire recette de cuisine, à démonter les rouages alambiqués de cette alchimie intime, le mécanisme à l'oeuvre dans les replis de son cerveau."(Maderley For ever, Albin Michel, 2015.)
(Photos Romanza2016)

samedi 29 octobre 2016

Swap Parfum d'ailleurs, l'Orient.

Comme chaque année, mon amie du blog Un livre Un thé et moi-même avons eu le plaisir de s'échanger de beaux colis.
Cette année nous avions choisi l'Orient et ses merveilles et comme toujours, mon amie m'a bien trop gâtée.
Après m'être préparée un bon café accompagné de délicieux biscuits. Je me suis installée confortablement pour profiter pleinement de ce moment de pur égoïsme et de bonheur.


J'ai découvert de jolis paquets et plein de petits nougats bien appétissants. J'ai suivi les instructions de la belle carte japonaise et j'ai ouvert l'un après l'autre, les petits paquets.


Côté gourmandises, j'ai de quoi me régaler pour plusieurs jours. En plus, des délicieux nougats éparpillés dans le colis, j'ai trouvé un thé aux cranberrys qui sent délicieusement bon, une tisane Chai, du chocolat aux amandes, un cake aux abricots et du riz à la coco (que j'ai déjà cuisiné ce soir pour un repas indien accompagné de Dhal aux lentilles et de galettes végétariennes. Un régal!). 

Pour les petits plaisirs, un savon parfumé aux agrumes, une bougie rhubarbe/coing qui embaume et une boule à thé en forme de théière (je suis fan).

Les lectures, quant à elle, donnent terriblement envie d'y plonger. Route des Indes de E.M Forster (auteur anglais à la plume si vive et juste), Itinéraire d'enfance de Thuong Thu Huong (que j'ai très envie de découvrir), Pays de neige de Kawabata (un auteur qui m'intrigue et m'interpelle), Singué sabour de Rahimi (hâte de connaître cette histoire) et Les années douces de Kawakami (la sérénité de la couverture m'apaise).


Un colis sublime, délicat, à l'image de ma si tendre amie que je remercie de tout cœur.
(Tu sais à quel point ce moment m'a fait du bien en cette dure période).



Merci.

dimanche 25 septembre 2016

I feel good!

La malédiction des pharaons 
Elizabeth Peters

 Livre de poche, 1981.


" C'était bien l'intention de sir Henry de poursuivre ses fouilles à Louxor jusqu'aux fondations de l'édifice pour s'assurer que la sépulture n'avait pas été découverte lors de la précédente expédition.

Et de fait, à peine les ouvriers s'étaient-ils mis à l'oeuvre, que leurs pelles dégagèrent la première marche d'un escalier taillé dans le roc. Le Times en fit un compte rendu détaillé en page trois. La dépêche suivante, en provenance de Louxor, eut droit en revanche à un gros titre en première page. Sir Henry Baskerville était allé se coucher la veille en pleine santé. On l'avait retrouvé le lendemain matin dans son lit, rigide et sans vie, le visage déformé par l'épouvante.
Sur son front, on reconnaissait, grossièrement dessiné avec du sang, un uræus, le cobra sacré des anciens Egyptiens, le symbole divin des pharaons.

Une fois encore, l'impavide Amelia Peabody, son mari, l'éminent égyptologue Radcliffe Emerson, et leur fantasque rejeton, le jeune Ramsès, devront affronter le mystère et conjurer la malédiction des pharaons.

J'ai découvert Amelia Peabody avec le premier tome de ses aventures, Un crocodile sur un banc de sable, il y a quelques années. L'ambiance British, l'Egypte, l'humour de la plume de Peters m'avaient emballée. Ce second tome fut un régal. Les romans d'Elizabeth Peters rentrent sans aucun doute dans ma liste de romans qui rendent heureux. Une série "Feel good" à découvrir très vite si ce n'est pas déjà fait. 
La série Amelia Peabody s'inscrit dans la tradition des vieux policiers tels Agatha Christie ou Patricia Wentworth, mais avec une plume plus moderne. Je tombe complètement sous le charme de cet univers envoûtant. C'est moins pour l'intrigue policière que pour l'ambiance, les personnages, les dialogues que je me suis régalée. Le mystère entourant la mort de Lord Baskerville bien qu'intéressant n'est pas l'attrait principal de ce roman. Rien que pour les personnages d'Amelia et Emerson, cette série doit être lue. Amelia est un bijou d'ironie et d'intelligence. Lire ses réflexions, ses tirades sont un pur régal. C'est une femme moderne, indépendante, féministe. Pas question de rester tranquillement au salon à boire le thé pendant que monsieur participe à des fouilles. Amelia, ombrelle en main, est de toutes les aventures. Quant à Emerson, comment ne pas être séduite par cet homme bourru mais tendre, spirituel et un brin prétentieux? La relation entre Amelia et Emerson est passionnante. Entre respect, rapport de force, complicité, Elizabeth Peters a crée un couple inoubliable. Je ne me lasse pas de leurs échanges enflammés, de leur répliques cinglantes, mais aussi de leur profonde affection et leur grande estime l'un envers l'autre. J'ai énormément ri. Et ça fait un bien fou. 
Sans oublier le cadre! L'Egypte et ses merveilles, le milieu de l'archéologie, la connaissance, le savoir. Cette série est un mélange de détente, d'humour et un bel hommage à la science et la découverte. 
Pour ceux qui craignent de se lancer dans une énième série aux tomes trop nombreux, sachez que les romans d'Amelia Peabody peuvent se lire indépendamment. Cependant, il existe une certaine chronologie et je les lirai dans l'ordre si j'étais vous. Vous pouvez laisser plusieurs années entre chaque tome, vous ne serez pas perdus. Désormais je sais, pour ma part, qu'Amelia Peabody viendra régulièrement s’immiscer entre deux lectures. Telle Agatha Christie, elle sera une petite tradition annuelle. 
" Les événements que je vais vous relater commencèrent par un après-midi de décembre, jour où j’avais convié Lady Harold Carrington et certaines de ses amies à prendre le thé.Ne vous laissez pas abuser, aimable lecteur, par cette déclaration liminaire. Elle est exacte, certes (comme le sont toutes mes déclarations), mais si vous nourrissez l'espoir de lire un récit de simplicité pastorale, agrémenté de commérages sur la haute société du comté, vous serez cruellement déçu. La paix bucolique n'est point mon élément, et l'organisation de goûters n'est en aucun cas ma distraction favorite. Pour tout dire, je préférerais être pourchassée dans le désert par une bande de derviches sauvages armés de lances et assoiffés de sang. J'aimerais mieux être poursuivie par un chien enragé et contrainte de me réfugier dans un arbre, ou me retrouver face à une momie sortie de son tombeau. J'aimerais mieux affronter des poignards, des pistolets, des serpents venimeux ou la malédiction d'un roi trépassé depuis des siècles.Quitte à être accusée d’exagération, permettez-moi de souligner que j'ai connu toutes ces expériences, à l'exception d'une seule. Remarquez, Emerson a déclaré un jour que si je devais réellement rencontrer une bande de derviches, même les plus pacifiques d'entre eux seraient enclins à me massacrer au bout de cinq minutes, excédés par mes incessantes récriminations. Pour Emerson, il s'agit là d'une remarque spirituelle. "(Incipit, La malédiction des pharaons, Livre de poche, 1981)
(Photos : Romanza2016)

vendredi 2 septembre 2016

" On n'entre pas tous les jours dans un conte, surtout au temps des jeux en ligne. "

Elio
Pierre Lieutaghi

Actes Sud, 2014.

 Dans une grande maison-jardin désuète de la banlieue lyonnaise, Elio, qui n’a pas encore vingt ans, amoureux des herbes folles jusqu’à jalouser les coccinelles, rencontre les mots dont il a tôt deviné que d’eux seuls viendra le salut. Il vit avec Isée, la soeur rieuse et impertinente, et Linda, une mère infiniment plus douée en tendresse qu’en aveux. Dans la famille, l’affection n’est jamais absente, mais le secret qui entoure la mort du père empêche une vraie parole. Linda n’a épargné personne dans le piège de silence qu’elle s’est à elle-même tendu le jour de la mort de Martin. Il faudra l’irruption joyeuse et formatrice de Lise, celle qui magnifie les petites choses et dédramatise les grandes, la complicité du grand-père Luciano et les secrets d’un herbier pour la libérer de la culpabilité, pour qu’Elio et Isée connaissent la part d’amour et de vérité contenue en chaque mensonge.
Au long de ce roman de la filiation, des attachements, des renoncements et des rencontres bouleversantes, la voix d’Elio emprunte à la sagesse des proches, mais aussi aux épreuves, les mots justes et l’humour pour dire la complexité des premiers savoirs et des premiers désirs.
Ce récit d’apprentissage du bonheur est le premier roman d’un écrivain qui a longtemps privilégié l’ethnobotanique.


C'est très lentement que je suis rentrée dans ce texte peu connu. A pas de loup, j'ai volé des instants à un planning bien chargé. Au bout de quelques pages, j'ai compris que j'étais plongée dans un roman particulier, doux et envoûtant. Elio est un petit coup de cœur. Discret, mais bien réel
Pierre Lieutaghi prône le respect de la langue, c'est un amoureux du beau langage. Elio nous offre une lecture riche et des phrases travaillées. C'est un roman qui se veut à la fois humain et érudit. Bien que parfois complexe, l'écriture reste fluide et agréable. L'auteur revendique l'importance de la culture, de la curiosité. Elio est plein de références, parfois explicites, souvent discrètes. Le lecteur est sollicité, stimulé. Art, littérature, cinéma, ... le monde d'Elio est riche, ouvert au monde et à la connaissance. 
Il est vrai qu'il semble impossible de croiser dans la vraie vie des ados parlant comme Elio et Isée, ayant une telle maturité, un tel rapport entre eux et avec le monde, mais on y croit car l'histoire est humaine, bien écrite, juste. Le monde de Pierre Lieutaghi me plaît et j'y resterai bien.
Il n'y a rien de fantastique dans l'intrigue. Amoureux des page-turner, passez votre chemin! Elio n'est fait que de moments de vie, de questionnements. C'est un roman d'apprentissage d'une grande simplicité. L'écriture savante et poétique se heurte à l'intrigue très minimaliste
Les personnages de ce roman sont inoubliables. Ils sont vivants. Les dialogues sont efficaces, drôles et émouvants. Outre Elio et Isée, nous rencontrons la fantastique Lise qui rend tout merveilleux. Cette Mary Poppins en chair et en os viendra illuminer la vie des deux ados : "Dire que Lise a élargi notre compréhension du monde, et par conséquent de nous-mêmes, n'a rien d'exagéré" (p89)
Elio, c'est l'amour des instants simples, les petites joies, les petits riens. On remarque ces choses qui parfois nous échappent, on prend le temps, on prend du recul et on observe : "Elle fait son rire à réparer les jours en morceaux." (p350). Au pays d'Elio, on fuit les écrans et on ouvre un livre à la place. On prend le temps de cuisiner, étudier, discuter, s'éveiller, s'ouvrir au monde. Je donnerai beaucoup pour me rendre dans la maison de Lise entourée de nature, un coin de paradis hors du monde. 
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman d'une grande poésie. Elio n'est pas sans défaut, mais il est d'une si grande fraîcheur et si original que l'on oublie certaines longueurs avec joie. Je me suis sentie bien dans ce monde et c'est avec tristesse que je l'ai quitté. 
" Le retour à l'école. On rentrait à pied par beau temps. Lise connaissait des ruelles, des passages secrets entre les murs où elle avait ses rendez-vous saisonniers depuis l'enfance avec un chèvrefeuille, un rosier immense, un bigarreautier oublié des cueilleurs. On aimait bien revoir le chat de fonte peint en noir qu'elle nous avait montré sur un pilier, le bassin rocailleux plein de nymphéas, à travers le défaut d'un gros portail. Partout, à tout moment, il y avait des choses nouvelles à découvrir ; un nom sur une boîte aux lettres, où Lise décelait des étymologies farfelues (G.Mouru : quelqu'un qui est mort sans savoir ses participes passés. Brocoli : forcément né dans un chou. Chiron-Pelloux : lointain descendant d'un centaure particulièrement velu, etc.) ; un nid de rouge-queue dans une boîte à lettres, celle-ci avec un carton qui explique l'occupation pour maternité et demande au facteur de déposer le courrier "dans la poubelle rouge derrière la grille s'il vous plaît" ; un papier glissé entre mur et gouttière, qu'on déplie avec la conscience du sacrilège, dont on lit seulement les premiers mots avant de le remettre dans sa cachette : "Chloé chérie, je t'attens à 6h pré de ... - " J'ai honte pour lui, commente Isée. Si un garçon m'écrivait avec autant de fautes, il irait au cours de rattrapage avant d'oser m'appeler chérie" ; des centaines de fourmis qui s'échinent à faire entrer dans un trou trop étroit un lucane aux pattes encore agitées - le lendemain, pourtant il a disparu. "
(Elio, Pierre Lieutaghi, Actes sud, p74) 
(Photo : Romanza2016)